L’affirmation en politique a de tout temps existé; outre l’argumentation, elle se traduit aussi par des moqueries, propos ironiques, ricanements et provocations, mais aussi des violences verbales avec des invectives et même des insultes pour se faire entendre et occuper l’espace médiatique. Sur les bancs de l’Assemblée nationale, nous assistons à des propos hostiles, des oppositions extrêmes avec des vociférations et de véritables chahuts.
Pour Th. Bouchet, auteur de » Noms d’oiseaux, l’insulte politique de la Restauration à nos jours », » les mœurs politiques sont globalement plus apaisées que par le passé « . Toutefois, des violences politiques se manifestent de plus en plus par des dégradations de permanences d’élus, du vandalisme, des affrontements et des agressions physiques. Is. Sommier, spécialiste des mouvements sociaux et de la violence politique, ayant codirigé l’ouvrage » Violences politiques en France, de 1986 à nos jours « , affirme que « Les violences politiques connaissent une augmentation significative avec un doublement des agressions depuis dix ans (2 016-2 026) « . Cette période correspond à l’essor massif des discours de haine 2.0 sur les réseaux sociaux, grâce à l’anonymat qui entretient les conflictualités et violences collectives, se signalant par des propos absurdes, vulgaires, violents et agressifs avec du cyberharcèlement, jusqu’aux menaces de lynchage, de viol et même des appels au meurtre.
Le maître incontesté de ses affirmations, avec mensonges, « fake-news » et » deepfakes « , méprisant et humiliant ses adversaires sur les réseaux sociaux, est D. Trump. Le Washington Post affirme que Donald Trump aurait proféré 30 573 mensonges sur les 5 ans de son premier mandat, soit une moyenne journalière de 6 fakes news la 1ère année à 39 la dernière. Lors de son élection de 2025, la sphère complotiste avec QAnon, et la galaxie d’influenceur(se)s et de podcasteur(se)s, prônant racisme, conspirationnisme et déni-climatique, lui ont permis une grande visibilité sur internet et les médias. Ainsi, s’est imposée aux Etats Unis et même à l’international une bataille politique d’une vulgarité extrême nourrissant la confusion et le dévoiement antisystème jusqu’à la « post-vérité ». Toutefois, lors de la cérémonie d’investiture de D. Trump, le 20 janvier 2 025, les partis d’extrême droite française représentés par leurs dirigeants, sont loin de toutes les outrances des Républicains aux Etats Unis, même en essayent d’imiter ces méthodes. En Europe, du fait que les électorats aiment de moins en moins ce qui se passe à Washington, les gouvernements, et même G. Meloni Présidente du Conseil Italien, ont pris leurs distances.
Or, des pratiques politiques exerceront bien une influence négative sur le national et le local à termes, et imprègnent déjà les réseaux sociaux.
Malgré un désintérêt local de plus en plus important pour la « chose politique », l’élection municipale confère au maire et aux conseillers une certaine légitimité démocratique indiscutable et une confiance relative des citoyens de la commune. Au-delà de quelques mois, on parle parfois d’état de grâce ou des 100 jours pour lancer les premières actions, confirmant le ton du mandat. La population scrute et commente cette prise de fonction, qui, suivant l’image que renvoie le maire, peut se transformer en déception, défiance ou détestation. Toutefois, gare à la chute car après l’embellie et le respect, peut venir le temps de l’indifférence et de la critique systématique avec l’évocation permanente de points faibles. Enfin, les élus ambitieux, avides de pouvoir, mais sans professionnalisme et ne comptant que sur leur statut de maire comme puissant moteur de leur image, ils seront vite disqualifiés par les habitants.
Mais, lorsque, élu, vous vous investissez dans des réalisations pour le bien commun, il est important d’oser en parler et de le faire savoir. Certes, il existe les bulletins municipaux, les réseaux sociaux comme Facebook, Instagram ou un blog qui permet de justifier, d’argumenter et de défendre des réalisations avec des photos comme preuve, mais l’échange est essentiel face aux interlocuteurs de la commune. Ainsi, même avec les méthodes de participation citoyenne, la communication du maire auprès d’un public et les citoyens qu’il côtoie, reste un élément primordial.
Au préalable, comme le conseille dans ses tutos P. Verdier, maire de Rabastens et de Coufouleux pendant 19 ans : » il faut aimer les gens, sans cela, la fonction devient vite un fardeau et vous n’allez pas avoir vraiment envie de les aider « . Il s’agit d’une attitude de proximité, d’écoute et de bienveillance envers chaque habitant qui vit dans sa commune, quel que soit son statut et sa situation sociale, appartenant à des familles anciennes, des retraités établis ou des jeunes arrivants. Car être maire, c’est évidemment gérer la commune en fournissant l’eau potable, assurer l’évacuation des eaux usées, faire enlever les poubelles, permettre l’accueil des enfants aux écoles, …, mais aussi construire et produire du lien social. Cette relation instaure la confiance et est assumée par une expression accueillante et directe à toute personne de sa commune ou des communes environnantes que l’on connait ou non; le contraire de personnalités arrogantes, en retrait ou distantes au regard fuyant.
Dans tous les cas, nous devons considérer qu’il est indispensable d’aimer l’autre dans une démarche neutre sans affection, émotion ou passion; une relation fraternelle avec tous les citoyens et les familles de sa commune, dans des circonstances de joies et aussi d’épreuves comme des chocs émotionnels, des accidents ou des deuils. On crée une connexion et une certaine complicité presque familière avec tous quelles que soient leurs convictions, contestations, même s’ils ont voté contre vous ; ce qui permet d’amorcer un débat pour mettre en avant, de manière synthétique, vos actions et projets dans le cadre de l’intérêt général, tout en écoutant. Cette présence au quotidien, au sein de sa commune, fait du maire une figure de confiance capable de tout entendre et à qui on peut confier ses problèmes ou projets; il doit tout accepter sans juger et apporter son aide, surtout dans des circonstances graves comme la sécurité publique avec la prévention de la délinquance, les accidents majeurs, les tempêtes, …, jusqu’aux difficultés sociales. Si votre interlocuteur est vraiment bavard, vous pouvez, sans aucune agressivité, interrompre la conversation en énonçant calmement votre intention : « je te coupe, ou je te coupe la parole, pour te dire que … « . Ainsi, la personne ne s’offusquera pas d’être interrompue, car l’échange, par cette demande, se fait de manière respectueuse et non abrupte qui lui ferait sentir son ignorance.
Nous ne devons pas oublier que l’humour bien utilisé, avec finesse, peut être un moyen de détendre l’atmosphère, de faciliter la communication et créer de la cohésion sociale tout en désamorçant désaccords et tensions superficielles avec les habitants. Toutefois, il demande d’en garder la mesure et de ne pas l’utiliser dans des situations graves. Or, tout en étant sérieux, l’humour ou une histoire drôle, provoquant globalement un rire partagé avec ses interlocuteurs, permet aussi de s’affirmer et est nécessaire au sein de la commune car il rapproche et crée un sentiment d’appartenance des membres de groupes.
Ainsi, communiquer avec humour, se faire respecter, et dans certains cas bousculer certains, tout en les respectant sans jamais les agresser, faire passer ses idées et ses droits en affirmant le développement de son territoire, constituent une déclaration » d’amour » aux citoyens.
En local, tout le monde connait certaines personnes incontournables pour leurs opinions et convictions. Ces personnes ont une facilité à s’affirmer et ainsi réussir à exister, à faire entendre leur voix contre les élus et les réalisations de la commune, sans même souhaiter jouer un rôle politique. Ainsi, à chaque rencontre, autant vous féliciter et affirmer vos réussites auprès de chaque citoyen et surtout auprès de ces personnes. Oser émettre et diffuser vos réussites est impératif car, comme maire vous vous investissez des heures sans compter, pour le bien commun. Alors, ayez la capacité de mettre en avant votre travail à la mairie en partageant vos idées. Vous pouvez louer une réunion bien menée, une négociation honnête où vous avez imposé votre point de vue sur l’entretien des caniveaux, la réfection de la voirie, le débroussaillage collectif, le projet de panneaux photovoltaïques sur les bâtiments, …, et les nombreux projets de la commune dans l’intérêt général.
Des maires s’enferment aussi dans un système de clans et de copinages, ce qui constitue une impossibilité de s’affirmer politiquement avec des arguments et des valeurs collectives, et entraîne ainsi l’effritement de l’autorité municipale dans l’entre soi étriqué du clientélisme.
Depuis les années 1 960, les territoires ruraux, périurbains et littoraux ont vu un exode rural massif, une désindustrialisation insidieuse, des commerces et des cafés disparaître progressivement et, depuis 1 980-1 990 l’arrivée de nouvelles populations de jeunes quittant les métropoles ainsi que des retraités à la recherche d’un meilleur cadre de vie. Ainsi, ces évolutions sociales et économiques ont contribué à fragmenter et déliter tous les liens familiaux, professionnels et syndicaux qui structuraient globalement la vie quotidienne des villages et villes. En outre, par cette hétérogénéité et l’influence massive des plateformes numériques, les comportements s’individualisent, les opinions se radicalisent et les egos se survalorisent. Le quartier compte moins que ce que l’on y fait, avec de nouvelles barrières dans les relations de voisinage ou de proximité constituant des clans. Alors, s’installent de nouveaux réseaux d’alliances grâce aux activités professionnelles hors de la commune, aux parents d’élèves ou aux retraités.
Nous pouvons retrouver des familles de fonctionnaires, de chasseurs, d’artisans ou d’enfants d’anciens notables, …. De tels groupes, dont les membres sont culturellement proches, basés sur des relations d’amitiés, de fidélités et de faveurs, lorsqu’ils briguent la mairie dans une commune, ne sont pas dénués d’ambiguïtés à la recherche par exemple de prestige par rapport aux autres citoyens. Ces collectifs informels constituent des clans fermés ou des » castes « , à la recherche d’intérêts et sont en intelligence ou opposition à d’autres groupes de la commune. Les » meneurs » claniques s’inscrivent dans un monde familier de copinage avec des liens conviviaux et de partages, mais aussi des haines larvées jusqu’aux rivalités toxiques. Ces pseudo-leaders, n’étant pas de bons camarades, s’affirment auprès des copains grâce à la maitrise de réparties rapides, d’humour et de moqueries jusqu’aux agressions verbales qui peuvent être humiliantes. Toutefois, ces » communautés villageoises « , malgré des jalousies et inimitiés reposent sur des liens affectifs de longue date qui maintiennent une fidélité et une solidarité incontestable de chacun au sein de leurs clans. Or, vu les évolutions sociétales, les maires sont de plus en plus issus de clans et leurs habitudes » d’affirmation par copinage » sont loin du respect demandé par chaque citoyen de la commune. Ainsi, autour de ces structures claniques, les élus, noyau de fidèles amis inconditionnels du pouvoir politique, rechercheront avant tout à mettre les ressources de la commune à leur disposition dans un clientélisme massif dissimulé.
Nous sommes loin de la capacité d’affirmation du maire dans le respect de chaque citoyen avec la hauteur nécessaire à sa fonction.
D’autres maires, à toute question des habitants de la commune, manient en permanence l’esquive par des « Oui-Oui », centrés sur l’illusion :
Sans capacité de gestion ni vision précise, certains maires et élus ne vont pas jouer d’une proximité de » type copinage « , d’autant plus que dans un premier temps de tout mandat, face aux attitudes très conciliantes, les administrés se satisfont d’une simple écoute sans réponses pertinentes. Toutefois, sur le long terme, ces maires n’étant pas toujours capables d’apporter des explications, tout en ne s’affirmant pas politiquement, ne donnent que l’illusion de s’occuper des affaires de la commune. Ainsi, à toute question ils répondent : » Oui-Oui, on va le faire, … « , » Oui-Oui, je le prends en compte, … « , » Oui-Oui, nous allons voir, … » ou encore » Pas de problème, on s’en occupe, … « , » Ne vous tracassez pas, nous nous arrangerons, … « , » … « .
Lorsque le temps passe et que ces élus aux intentions velléitaires ne s’occupent que de leur clan en délaissant » les autres » et les affaires de la commune, s’installent définitivement le doute et les jugements des administrés, qui disent, peu à peu : » Ah ! le maire ou tel adjoint, il est gentil mais ne fait rien pour le village ou la ville « , c’est un véritable » Oui-Oui « . Comme le disait en permanence, dans le temps, un adjoint de mon village, avec son large sourire bonhomme, lors des discussions sur des questions de la commune : « Ne vous tracassez pas, ça s’arrangera ! « , mais dès qu’il y eut des discussions plus dures avec les services de la Préfecture, ce Monsieur » Ca s’arrangera « a totalement disparu du paysage, après avoir bien servi en reconnaissances sonnantes et trébuchantes ses amis et sa famille.
Combien de mécanismes simples permettent ainsi d’entretenir les illusions de ses concitoyens et d’être ce » Oui-Oui « . Par exemple, sur l’emploi, lorsque vous recevez la demande d’un administré, vous la diffusez largement auprès d’autres maires et conseillers départementaux et bien sûr, vous faites des copies à l’intéressé(e), cela, tout en sachant, vu le marché de l’emploi local, qu’il n’y aura, pour ainsi dire pas de possibilités. A titre de revanche, les maires amis vous enverront aussi des CV. Or, le fait d’avoir diffusé le curriculum vitae (CV) créera une illusion et une gratitude de la part de l’administré(e) envers le maire. Comme disait Charles Pasqua, ancien Ministre de l’Intérieur, dans une de ses réparties assassines : « les promesses n’engagent que ceux qui y croient » ! Multiplier ainsi, avec les citoyens de la commune, les réponses de type « Oui-Oui » et même engager des démarches lorsque vous savez qu’elles ne pourront aboutir, surtout si elles ne vous engagent pas, permet de créer l’illusion de comprendre ses électeurs.
L’utilisation aussi des » Oui-Oui » ainsi centré sur l’évitement :
Si les relations en entreprise avec les salariés reposent sur la réalité effective de faits, dans les communes avec les administrés elles sont d’une toute autre nature et souvent de l’ordre de l’approximatif et de l’évitement. Dans la vie courante, » les vérités ne sont pas toujours bonnes à dire « et il serait trop beau que tout échange ne soit fait que d’éloges et de bonnes nouvelles. Ainsi, au quotidien, il se trouve souvent bien des raisons pour éluder ou orienter vers du politiquement correct, transformant les réponses en calculs, lâchetés. De cette orientation, pour mieux se faire valoir, des exagérations, des demi-vérités et des mensonges de type « fake news », deviennent aujourd’hui un mode de relation qui interpelle. Dans cet environnement en eaux troubles, face à ces errements, nous ne pouvons que nous interroger sur la réalité et le devenir d’une société locale de moins en moins confiante et basée seulement sur des faits.
C’est ainsi qu’aux questions des administrés, peuvent être apportées par les élus des réponses en apparence de bon sens, simplificatrices, et très vagues, » Oui bien sûr « ou de véritables mensonges surtout invérifiables pour l’intéressé, en faisant porter la faute aux institutions et autres. A tout questionnement d’administré, le maire, l’élu ou le politique peuvent éluder ou esquiver en le reportant sur les autres comme : » Oui-Oui, mais, c’est l’Etat qui nous l’impose « , » Oui-Oui, je suis d’accord, mais c’est le Conseil Départemental qui refuse « , » Oui-Oui, la Communauté des Communes se moque de nous sur ce point « , » Oui-Oui, vous avez raison, nous ne pouvons pas le faire car ils s’y opposent « ou » Oui-Oui, ils ont fait n’importe quoi « , à propos d’un rival ou de son prédécesseur. Aussi, à propos des questions sur la commune peuvent s’instaurer des réponses trompeuses visant seulement à amadouer les esprits ! » Oui-Oui, la voiture ou la machine est en panne et les mécaniciens ont du retard, … « , » Oui-Oui, on doit recevoir un camion neuf « , » Oui-Oui, c’est écrit, mais ce n’est pas nous « , » Oui-Oui, c’est un tel ou un tel qui le répand « , » … « .
Ainsi, à mi-mandat, lorsque la connaissance des comportements des maires et élus parait établie et que vous interrogez des habitants de petites communes, un fort pourcentage répond : » le maire, c’est un Oui-Oui ! « .
S’affirmer en politique, en local, relève d’un savoir-faire et d’un comportement équilibré entre l’écoute et le respect de l’autre, l’exposé clair de ses réalisations et l’énoncé de ses valeurs. Dans certains cas il est même impératif de savoir s’imposer sans jamais être agressif. Bien des dérives existent où des maires sont prisonniers de leur clan avec le clientélisme entre amis, ou deviennent des » Oui-Oui » centrés sur l’illusion et l’évitement. De telles manipulations sont d’autant plus scandaleuses que nous sommes dans des petites communes où, le plus souvent, les informations objectives peuvent circuler, même s’il s’agit de compromis. En 2026, où l’accès et le maintien au pouvoir local reposent avant tout sur l’allégeance individuelle et » les faveurs clientélistes « , la communication des instances territoriales et communales appartient à un » autre monde « , les relations des élus envers la population dans chaque commune restent d’une faiblesse endémique. Ainsi, sans évoquer les outils de » la participation citoyenne « , le professionnalisme et l’efficacité de l’affirmation des maires et des élus envers les citoyens doivent structurer les relations au 21ème siècle, et c’est par là que peuvent intervenir les maires, de toutes les communes mêmes les plus petites, pour instaurer un nouvel état d’esprit rassembleur et ouvert à des échanges constructifs préparant les citoyens responsables et réfléchis, à la veille de nos élections nationales.
